Climat, El Niño et cyclones en Polynésie française
ClimatRisque cycloniqueÉtat des récifsLecture 12 min
Deux phénomènes différents se superposent aujourd’hui au-dessus de la Polynésie française. Le
premier, El Niño, est une oscillation naturelle : il revient tous les deux à
sept ans, il dure de neuf mois à un an et demi, et il repart. Le second, le
réchauffement climatique, ne repart pas. Le premier oscille, le second monte
— et c’est leur superposition qui préoccupe les scientifiques.
Cette page rassemble ce que les organismes qui les mesurent en disent, et elle les sépare en
trois : ce qui est mesuré, ce qui est projeté, et ce qui est
prévu à court terme et reste incertain. Aucun de ces chiffres n’est produit
par Mana Bora : chacun est rapporté avec sa source et sa date, et la source fait foi.
+0,6 à +1,55 °C
Réchauffement déjà mesuré
selon l’archipel, sur les dernières décennies — Météo-France, séries homogénéisées présentées en août 2026
17 sur 23
Saisons cycloniques survenues en phase El Niño
Victoire Laurent, bureau d’études et de climatologie de Météo-France Polynésie française, 2026
Fin octobre 2026
Les perspectives qui feront référence
saison chaude 2026-2027, Météo-France Polynésie française — elles prévaudront sur cette page
Trois régimes de vérité, et pourquoi on ne les mélange pas
La plupart des articles sur le climat polynésien échouent au même endroit : ils font se
succéder, dans le même paragraphe, un relevé de 1964, une simulation pour 2100 et une
probabilité pour décembre prochain. Ces trois choses n’ont pas la même valeur, et un lecteur
qui prépare un voyage n’en a besoin que d’une. Le plan de cette page est donc cette
séparation, et chaque section dit à quel régime elle appartient.
Mesuré
Des relevés passés : températures, niveau de la mer, blanchissements observés, saisons cycloniques recensées.
C’est le plus solide des trois — et cela parle du passé, pas de votre séjour.
Projeté
Des simulations à 25 ans et à 2100, issues de modèles descendus à l’échelle des îles.
Une projection dit ce qui arriverait sous un scénario d’émissions. Ce n’est pas un calendrier.
Prévu, et incertain
La saison chaude 2026-2027 : l’épisode El Niño en cours, ses probabilités, son pic attendu.
Le seul régime qui concerne un voyage proche, et le moins sûr des trois.
Régime 1 — mesuré
Ce qui est déjà mesuré
Distinguer un signal climatique d’une variabilité naturelle demande des séries longues. La
Polynésie française en a : selon Météo-France, les premières mesures de pluie remontent à
1853 et la première station météorologique à 1935.
L’homogénéisation de ces séries, présentée en août 2026, permet de dire ce qui a bougé — et
ce qui n’a pas bougé.
La chaleur, et surtout la chaleur de la nuit
Le réchauffement de l’air est établi. Selon Météo-France, en août 2026, il se situe
entre +0,6 °C et +1,55 °C selon les archipels sur les dernières décennies,
ce qui est cohérent avec le réchauffement global.
Le détail qui surprend est ailleurs : la nuit se réchauffe environ deux fois plus
vite que le jour. À la station de Faa’a, à Tahiti, toujours selon Météo-France en
août 2026, les températures minimales ont grimpé de +2 °C en
58 ans, contre +1,3 °C pour les maximales. Le nombre de vagues de
chaleur a significativement augmenté entre 1964 et 2021. Concrètement, ce n’est pas le
thermomètre de l’après-midi qui a changé le plus, c’est la nuit qui ne redescend plus.
La pluie, où il n’y a presque rien à voir
Contre-intuitivement, Météo-France, dans les séries présentées en août 2026, ne relève
pas de signal climatique clair sur les cumuls annuels de pluie, hors
quelques postes isolés comme Omoa aux Marquises ou Rapa aux Australes. Les tendances
observées, comprises entre +5 et –6 mm par an, s’expliquent davantage par deux oscillations naturelles — l’ENSO et
l’oscillation interdécennale du Pacifique, qui joue à l’échelle de quarante ans — que par le
changement climatique. La même absence de signal se retrouve ailleurs dans le Pacifique Sud.
Sur cette destination, le signal climatique net n’est pas la pluie : c’est la chaleur.
Le niveau de la mer
Depuis 1992, les données satellitaires indiquent une hausse de +2,9 mm par an à
Tahiti et +1 mm par an à Mangareva. Les estimations présentées par
Météo-France en août 2026 retiennent désormais une fourchette de 2 à 6 mm par an
selon les archipels. Toujours selon Météo-France, la Polynésie française est, parmi
les territoires français, celui où les taux de variation annuelle du niveau de la mer ont été
les plus élevés sur les soixante dernières années.
Les cyclones recensés, et ce que le décompte dit vraiment
Le point qui surprend le plus : l’activité cyclonique est faible en moyenne
sur le bassin polynésien. Météo-France y recense, sur cinquante ans, 23 cyclones
tropicaux, 17 dépressions tropicales fortes et 10 dépressions modérées — et elle est
en diminution sur les deux dernières décennies, la baisse étant plus marquée
pour les cyclones que pour les dépressions.
Faible en moyenne ne veut pas dire inoffensif. La saison 1982-1983 reste la
référence : selon Météo-France et les archives d’Outre-mer la 1ère, six systèmes ont frappé
successivement le territoire entre décembre 1982 et avril 1983 — Lisa, Nano, Orama, Reva,
Veena et William. Le bilan rapporté est d’une quinzaine de morts, environ 200 blessés et
25 000 sinistrés ; le cyclone Orama, en février 1983, a atteint une pression minimale de
898 hPa et des vents de 280 km/h, le record connu pour le
bassin. Cette saison a frappé un
territoire qui n’avait plus connu de cyclone dévastateur depuis 1905-1906 — une autre période
de très fort El Niño — et où la conscience du risque s’était donc érodée.
Toujours selon Météo-France, le dernier cyclone à avoir touché la Polynésie
française est Oli, en février 2010 : 937 hPa, des vents jusqu’à
250 km/h et des rafales relevées à 260 km/h à Tubuai, aux Australes. Le bilan rapporté est
d’un mort, une dizaine de blessés, environ 3 400 personnes évacuées et plus de
500 habitations touchées. Seize ans se sont
écoulés depuis — et c’est aussi ce silence-là qui construit la vulnérabilité.
L’océan, le maillon le plus fragile
Les eaux de surface du Pacifique se sont réchauffées d’environ +0,9 °C depuis
1982. Sur ce fond réchauffé, les épisodes El Niño déclenchent des vagues de chaleur
marines : en 2016, la température du lagon a dépassé 30 °C jusqu’à 3 à 5 mètres de
profondeur, et certains atolls du Pacifique Sud atteignent aujourd’hui des pics de
32 à 33 °C. Le problème, expliquent les chercheurs de l’Ifremer engagés dans
le programme MaHeWa, tient à la stabilité thermique naturelle de la région : la température y
varie peu d’une saison à l’autre, et les espèces vivent déjà à la limite de leur tolérance.
Un écart de deux degrés anodin ailleurs devient ici létal.
Le chiffre le plus parlant vient d’une étude publiée en mars 2026 dans la
revue Coral Reefs, qui a reconstitué les températures subies par les bénitiers de l’atoll de
Reao, aux Tuamotu, de 1993 à 2024 : lors de l’épisode El Niño de 2016,
79,9 % des individus ont totalement blanchi à l’échelle de la Polynésie
française. Fait notable, les vagues de chaleur de 2017 et 2024 ont provoqué moins de
blanchissement malgré un stress thermique cumulé supérieur, ce qui suggère que le seuil de
tolérance de l’espèce s’est élevé après 2016. C’est une lueur, mais dont les
limites restent inconnues.
Pour les coraux, les seuils rapportés sont voisins : le blanchissement démarre autour de
30 °C pour la Société et les Tuamotu, la mortalité au-delà de
30,5 à 32 °C selon les espèces. Lors du quatrième épisode mondial de
blanchissement massif, entre 2023 et 2025, la Polynésie n’a pas été épargnée :
coraux entièrement blancs dans la passe d’Arutua, et sur la pente externe de Moorea une
couverture corallienne tombée à 5 à 10 % contre 30 % auparavant. Le CRIOBE,
avec le soutien de l’Ifrecor, a lancé le projet « Bleaching 2024 » pour cartographier cette
mortalité. Les travaux de l’Ifremer publiés en 2025 ajoutent un seuil pour la
perliculture : les larves d’huîtres perlières basculent en souffrance
physiologique au-delà de 29,3 °C, un seuil désormais franchi régulièrement.
Un mécanisme aggravant a été mis en évidence par des travaux associant notamment des
scientifiques du CNRS : les champs de coraux morts sont colonisés par des
macro-algues qui filtrent la lumière et empêchent le recrutement de
nouvelles générations. Là où, autrefois, un cyclone nettoyait le récif mort et rouvrait la
voie à une régénération, le système se bloque.
Les atolls, déjà concernés
C’est la vulnérabilité la plus aiguë, et elle n’est pas lointaine. Les atolls des Tuamotu
culminent rarement au-dessus de 4 à 6 mètres. Une étude publiée dans la revue
VertigO, portant sur Rangiroa et Tikehau, établit que
plus de 61 % des maisons examinées se situent dans une zone ayant connu au
moins une submersion marine substantielle depuis les années 1980. Le danger
ne vient pas de l’élévation moyenne seule, mais de sa combinaison avec les houles longues et
les grandes marées — ce pour quoi Météo-France Polynésie a déployé une vigilance spécifique
« Vagues-Submersion », opérationnelle depuis 2025.
L’eau douce suit la même logique. Sur un atoll, il n’y a ni rivière ni source :
l’approvisionnement repose sur la collecte d’eau de pluie en citernes et, quand elle existe,
sur une lentille d’eau douce flottant au-dessus de l’eau salée infiltrée dans le socle
corallien. Selon la direction de l’environnement de la Polynésie française, les habitants des
atolls consomment en moyenne six à dix fois moins d’eau que ceux des îles
hautes. Une submersion salinise la lentille ; une sécheresse
prolongée vide les citernes — l’épisode de 2020-2021, avec des pluies
réduites de moitié aux Tuamotu, a provoqué des pénuries dans plusieurs atolls. C’est la raison
la plus concrète pour laquelle une pension d’atoll peut demander à ses hôtes de compter leur
eau, et cela n’a rien d’une coquetterie.
Les atolls des Tuamotu culminent rarement au-dessus de 4 à 6 mètres. Sur Rangiroa et Tikehau, plus de 61 % des maisons examinées par la revue VertigO se trouvent dans une zone déjà submergée au moins une fois depuis les années 1980.
Régime 2 — projeté
Ce qui est projeté pour 2100
Jusqu’à récemment, la question restait sans réponse fiable, pour une raison simple, rappelée
par le programme CLIPSSA lors de la restitution de ses résultats en juin 2026 : les
projections du GIEC sont produites à une résolution de 100 à 200 km. À cette
échelle, les îles polynésiennes n’existent pas — les modèles les considèrent
comme de l’océan.
C’est l’objet du programme CLIPSSA, lancé en 2021 et porté par l’IRD,
Météo-France, le CNRM et l’AFD. Les projections globales y ont été affinées à
20 km puis jusqu’à 2,5 km, avec une descente d’échelle
statistique complémentaire. Les résultats ont été restitués lors des Assises océaniennes,
du 22 au 26 juin 2026, à l’Université de la Polynésie française. Les chiffres
ci-dessous sont ceux présentés par Météo-France le 27 août 2026 à partir de
ces travaux. Ce sont des projections : elles décrivent ce qui arriverait sous un scénario
d’émissions donné, pas un calendrier.
→+1,6 °C de température moyenne d’ici 25 ans, +2,3 °C d’ici la fin du siècle.
→Une répartition inégale : le dépassement des seuils de forte chaleur deviendrait important au nord des Australes, sur la Société, le nord-ouest des Tuamotu et les Marquises ; les Australes et les Gambier seraient relativement moins exposés.
→Les nuits chaudes, aujourd’hui au nombre d’une trentaine par an, pourraient être cinq fois plus nombreuses.
→Des vagues de chaleur pouvant durer plusieurs dizaines de jours — une situation inédite sur le territoire.
→Une élévation du niveau de la mer d’environ 60 centimètres d’ici 2100.
Les scientifiques insistent moins sur le thermomètre que sur la combinaison
chaleur-humidité. Sous les tropiques, dépasser 32 °C avec 80 à 90 % d’humidité rend
déjà l’activité extérieure difficile ; il faut désormais envisager des journées à
34 à 35 °C avec 90 % d’humidité, alors que le maximum enregistré à Faa’a se
situe aujourd’hui autour de 34 °C. Autre enseignement de CLIPSSA : même sans rupture majeure
des précipitations, la hausse des températures accroîtrait l’évaporation des sols et la
transpiration des plantes, donc des assèchements plus forts et plus longs.
Le paradoxe cyclonique
Selon Météo-France, en août 2026, les projections maintiennent la diminution du
nombre de cyclones dans le Pacifique Sud d’ici la fin du siècle, sans signal clair
sur la fréquence des catégories les plus violentes. En revanche, les simulations montrent une
augmentation des pluies dans un rayon de 200 km autour du centre des
systèmes. Moins de cyclones, mais
potentiellement plus de pluie par cyclone : c’est le résultat le plus souvent déformé de tout
ce dossier, dans un sens comme dans l’autre.
Régime 3 — prévu, et incertain
L’épisode 2026-2027 : ce que l’on sait, ce que l’on ignore
Un rappel de mécanisme, court. En temps normal, les alizés d’est maintiennent les eaux chaudes
dans l’ouest du Pacifique. Quand ces vents faiblissent — ce que les météorologues polynésiens
appellent une « panne d’alizés » —, la masse d’eau chaude se déplace vers
l’est et remonte en surface. Les régimes de pluie basculent alors sur une grande partie du
globe. En Polynésie, le paramètre décisif est la position de la zone de convergence
du Pacifique Sud, la bande nuageuse qui organise les pluies de saison chaude :
El Niño la déplace vers le nord-est.
D’où un effet inversé selon les archipels, et c’est la nuance la plus utile
à un voyageur qui traverse plusieurs archipels. Selon Météo-France, dans son dossier du
13 mai 2026 sur les impacts d’El Niño outre-mer, les épisodes El Niño
augmentent en moyenne les cumuls de pluie sur les Marquises,
où les pluies fortes deviennent plus fréquentes et plus intenses, et les
diminuent sur les Australes, avec un temps plus sec et moins
chaud. Toute affirmation générale sur « le climat de la Polynésie » est donc suspecte : le
territoire s’étend sur plus de 20 degrés de latitude, et les mêmes forçages y produisent des
effets opposés.
L’état des lieux, avec ses dates
→Juin 2026 — la NOAA déclare officiellement l’installation d’El Niño et émet un El Niño Advisory.
→13 août 2026 — le Climate Prediction Center de la NOAA indique une probabilité supérieure à 90 % d’un événement très fort pendant l’automne et l’hiver 2026-2027 de l’hémisphère nord.
→Août 2026 — selon le RONI, un indice adopté par la NOAA en février 2026 qui compare l’anomalie de la zone Niño 3.4 au reste des tropiques, il y aurait 69 % de chances que cet épisode devienne le plus intense depuis le début des relevés, en 1950.
→Septembre 2026 — l’OMM confirme une probabilité proche de 100 % de persistance d’El Niño jusqu’en février 2027, avec un renforcement attendu jusqu’à une intensité très forte avant un pic en fin d’année.
→L’anomalie de température dans la zone Niño 3.4 se situait à environ +2,6 °C en août 2026 ; les prévisions agrégées évoquent un pic possible autour de +3,9 °C en novembre, au-dessus des 3 °C atteints en 2015.
Ce qu’un El Niño record ne garantit pas
C’est le point le plus mal compris, et le plus important à énoncer avec précision.
Ce qui est établi : pendant les phases El Niño, l’activité cyclonique du
Pacifique Sud est plus étendue qu’en situation La Niña — elle s’étire du nord de l’Australie
jusqu’à la Polynésie française — et la saison peut durer plus longtemps, avec un démarrage
plus précoce et une fin plus tardive. La corrélation historique est nette : selon Victoire
Laurent, responsable du bureau d’études et de climatologie de Météo-France Polynésie
française, en 2026, sur les 23 saisons ayant connu des phénomènes cycloniques, 17 se
sont produites pendant un épisode El Niño.
Ce qui ne l’est pas : El Niño ne produit pas mécaniquement des cyclones sur
la Polynésie. Les quatre très forts épisodes de l’ère satellitaire suffisent à le montrer.
Les quatre épisodes El Niño très forts de l’ère satellitaire et leur effet cyclonique en
Polynésie française, d’après Météo-France Polynésie française, 2026.
Épisode
Activité cyclonique en Polynésie
1982-1983
Huit phénomènes. La saison la plus destructrice recensée au XXᵉ siècle sur le territoire.
1997-1998
Huit phénomènes, dont le cyclone Osea.
2015-2016
Surnommé « Godzilla ». Aucun cyclone, aucune dépression sur la Polynésie française.
2022-2023
Activité cyclonique très faible.
Le dernier épisode El Niño, en 2023-2024, n’a donné qu’une dépression tropicale modérée, en
février. Comme le résume Victoire Laurent en 2026 : avec le réchauffement climatique, les
certitudes d’il y a vingt ou trente ans sur ce phénomène sont remises en cause. L’enjeu, chaque
année, est de savoir si le couplage entre l’océan et l’atmosphère se fera effectivement au
moment de la saison chaude, ou avec un décalage qui neutralisera l’effet. Une estimation
opérationnelle circulait en août 2026, relayée par Polynésie la 1ère : un fort El Niño aurait
environ une chance sur deux d’évoluer en dépression tropicale ou en cyclone
sur le bassin polynésien.
El Niño augmente la probabilité cyclonique sans la garantir. L’épisode de 2015-2016, l’un des
plus puissants jamais mesurés, n’a produit ni cyclone ni dépression sur la Polynésie française.
Enfin, ce qui inquiète le plus les prévisionnistes de Météo-France Polynésie n’est pas le
vent. Ce sont les épisodes météorologiques accentués : l’humidité
supplémentaire dans l’atmosphère crée des conditions favorables aux cellules pluvio-orageuses
intenses, et la combinaison chaleur-humidité dégrade fortement le confort des populations.
D’autres facteurs comptent aussi — en configuration neutre ou La Niña, Météo-France Polynésie
souligne que l’oscillation quasi-biennale devient déterminante devant le signal ENSO.
Ce que ça change, concrètement, pour un voyage
Cette page ne dit pas s’il faut partir. Elle dit ce qui est documenté, ce qui ne l’est pas, et
où se trouve l’autorité. Voici les quatre endroits où cela touche vraiment une décision de
voyage.
1. Les dates, et le prix qu’elles cachent
La saison cyclonique du Pacifique Sud correspond à la saison chaude, de novembre à
avril — c’est-à-dire exactement la période la moins chère. Notre observatoire le
mesure sur les données de fréquentation hôtelière de l’ISPF, relevées le 3 septembre 2026 et
couvrant vingt années complètes : février est le mois le moins cher, à un
indice de prix de 83,7 pour une base 100, contre 114,3 en août. C’est aussi le cœur de la
saison cyclonique. Le rabais n’est pas un cadeau, c’est le prix d’un risque météorologique et
d’une saison humide, et cela se sait avant de réserver, pas après.
C’est le point où le risque cyclonique devient une décision financière concrète. Un séjour
polynésien engage plusieurs milliers d’euros non remboursables, souvent réservés six à douze
mois à l’avance, et une partie de l’année est couverte par la saison cyclonique. Ce que
couvre exactement un contrat, et à quelles conditions, se lit avant de signer :
formalités et santé
détaille ce point.
3. Ce que vous verrez sous l’eau
C’est l’effet le mieux documenté et le plus immédiat. L’état d’un récif varie énormément d’un
site à l’autre : la couverture corallienne de la pente externe de Moorea est descendue à 5 à
10 % lors du blanchissement mondial de 2023-2025, quand les passes des Tuamotu restent parmi
les sites les plus riches du Pacifique. C’est une raison de plus de choisir ses sites plutôt
que de compter sur la moyenne — le sujet des passes est traité dans
plonger à Fakarava et Rangiroa,
et l’organisme qui publie l’état réel site par site est le CRIOBE.
4. Sur un atoll, l’eau et la mer
Séjourner sur un atoll des Tuamotu, à
Rangiroa ou à
Tikehau, c’est séjourner à
quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, avec de l’eau de citerne. Deux conséquences
pratiques, et aucune n’est dramatique : les consignes d’économie d’eau d’une pension sont à
prendre au sérieux, et les épisodes de vigilance « Vagues-Submersion » de Météo-France
Polynésie sont devenus routiniers sur les Tuamotu, les Gambier et les Australes. Là encore,
c’est le bulletin qui fait foi, pas une page de guide.
Un dernier point, de santé cette fois. La dégradation des récifs favorise la prolifération des
micro-algues responsables de la ciguatera, une intoxication alimentaire liée
à la consommation de certains poissons de lagon. Selon la fiche du programme MANEA du CRIOBE,
publiée en février 2025, la Polynésie française figure depuis des décennies parmi les zones
les plus touchées au monde, avec 300 à 500 cas déclarés par an — un chiffre
probablement très sous-estimé. En pratique, cela se règle en écoutant les gens du lieu :
quelles espèces, quels lagons, quelle saison. Ce sont des connaissances locales, et elles
changent d’une île à l’autre.
Ce que l’on ne sait pas
Une synthèse honnête énonce aussi ses angles morts. Ceux-ci sont énoncés par les sources
elles-mêmes, pas par nous.
L’intensité réelle des impacts d’El Niño 2026-2027 en Polynésie
Elle reste imprévisible. L’intensité océanique ne détermine pas mécaniquement la réponse
atmosphérique locale, et c’est précisément ce que montre le tableau des quatre épisodes
plus haut.
Le lien entre changement climatique et intensité d’El Niño
Il ne fait pas consensus. Il est établi que le réchauffement amplifie les
effets d’El Niño — atmosphère plus humide, donc pluies plus extrêmes ; sols plus
secs, donc sécheresses plus dures. Savoir s’il renforce le phénomène lui-même
reste débattu. Des travaux avancent que l’amplitude des épisodes aurait augmenté au cours
du siècle dernier ; nous n’avons pas d’organisme à nommer derrière ce chiffre précis, et
nous ne l’écrivons donc pas.
L’évolution du trait de côte des atolls
Les projections fiables manquent. Les études existantes portent surtout sur les houles
cycloniques, et les atolls des Tuamotu restent mal couverts. Une étude portée par Green
Overseas et l’AFD était en cours en 2026 pour produire des projections à 30 ans sur six
atolls des Tuamotu et à la Pointe Vénus, à Tahiti.
Les seuils biologiques d’adaptation
Ils sont inconnus. L’élévation apparente du seuil de blanchissement des bénitiers après
2016, relevée par l’étude publiée dans Coral Reefs en mars 2026, est encourageante — mais
rien ne dit jusqu’où cette plasticité peut aller.
Le nombre réel de cas de ciguatera
Il est sous-estimé, faute de traçabilité des filières lagonaires sur un territoire aussi
dispersé. Les 300 à 500 cas déclarés par an relevés par le CRIOBE en février 2025 sont un
plancher, pas une mesure : la même fiche donne des incidences allant de 2 à plus de
1 800 cas pour 10 000 habitants selon les îles.
D’où viennent ces chiffres
Mana Bora est un guide éditorial indépendant. Aucun des chiffres de cette page n’est
produit par nous, à une exception près, signalée dans le texte : le creux de prix de
février, que nous recalculons depuis les données de l’ISPF. Tout le reste est
rapporté, avec sa source et sa date, et la source fait foi.
Les liens ci-dessous ne sont posés que sur les quatre organismes qui font autorité ; les
autres sont nommés, à charge pour qui veut vérifier de remonter à la publication. Une erreur
constatée se signale à
contact@manabora.com,
et la correction sera datée sur cette page.
Climat des cinq archipels, saison cyclonique, vigilance, perspectives saisonnières. La source qui fait foi sur le risque local. communications d’avril à août 2026 ; perspectives de saison chaude attendues fin octobre 2026.
Projections de climat descendues à l’échelle des îles polynésiennes, jusqu’à 2,5 km de résolution. résultats restitués aux Assises océaniennes du 22 au 26 juin 2026 ; chiffres présentés par Météo-France le 27 août 2026.
Ifremer — programme MaHeWa
Canicules marines, blanchissement des bénitiers, tolérance thermique des huîtres perlières. travaux publiés en 2025 et 2026 ; communication du 2 juillet 2026.
CRIOBE, avec le soutien de l’Ifrecor
Suivi du blanchissement corallien en Polynésie, projet « Bleaching 2024 ». Fiche ciguatéra du programme MANEA. projet lancé en 2024 ; fiche ciguatéra de février 2025.
Revue Coral Reefs
Reconstitution des températures subies par les bénitiers de l’atoll de Reao, de 1993 à 2024. étude publiée en mars 2026.
Revue VertigO
Exposition des habitations de Rangiroa et Tikehau au risque de submersion marine. relevés portant sur la période « depuis les années 1980 ».
ISPF — Institut de la statistique de la Polynésie française
Fréquentation et recettes hôtelières mensuelles. C’est la seule source de cette page que nous recalculons nous-mêmes, dans l’observatoire. série de janvier 2006 à juin 2026, relevée le 3 septembre 2026.
Questions fréquentes
Y a-t-il un risque de cyclone pendant mon voyage en Polynésie française ?
Le risque existe de novembre à avril, qui est la saison cyclonique du Pacifique Sud, et il est très faible de mai à octobre. Il reste modeste en valeur absolue : Météo-France recense 23 cyclones tropicaux en cinquante ans sur le bassin polynésien, et le dernier à avoir touché le territoire est Oli, en février 2010. La seule autorité sur le risque du moment est la vigilance de Météo-France Polynésie française, qui publie ses perspectives de saison chaude fin octobre. C’est elle qu’il faut consulter avant et pendant un séjour, pas une page de guide.
L’épisode El Niño 2026-2027 va-t-il gâcher un séjour prévu cet hiver ?
Personne ne peut le dire aujourd’hui, et c’est la réponse honnête. La NOAA donnait, le 13 août 2026, plus de 90 % de probabilité d’un épisode très fort, et l’OMM annonçait en septembre 2026 un pic en fin d’année. Mais l’intensité d’un El Niño ne détermine pas mécaniquement ses effets locaux : l’épisode de 2015-2016, l’un des plus puissants jamais mesurés, n’a produit ni cyclone ni dépression sur la Polynésie française. Les perspectives de Météo-France Polynésie française, attendues fin octobre 2026, sont le document qui fera référence.
Les coraux sont-ils encore beaux en Polynésie française ?
Cela dépend beaucoup du site, et l’état moyen s’est dégradé. Lors du quatrième épisode mondial de blanchissement massif, entre 2023 et 2025, la Polynésie française n’a pas été épargnée : sur la pente externe de Moorea, la couverture corallienne est descendue à 5 à 10 % contre 30 % auparavant. D’autres sites restent très riches, en particulier les passes des Tuamotu. Le CRIOBE, qui suit ces récifs depuis 1971, est l’organisme qui publie l’état réel, site par site.
Ce qu’il faut retenir
→El Niño est une variabilité naturelle, le réchauffement est une tendance. Le premier oscille, le second monte, et c’est leur superposition qui compte.
→El Niño n’a pas les mêmes effets partout : plus de pluie au nord, aux Marquises ; moins au sud, aux Australes.
→Il augmente la probabilité cyclonique sans la garantir : 17 des 23 saisons cycloniques recensées correspondent à des phases El Niño, mais l’épisode record de 2015-2016 n’en a produit aucun.
→Le signal climatique le plus net n’est pas la pluie, c’est la chaleur — et surtout la chaleur nocturne, qui monte environ deux fois plus vite que la chaleur du jour.
→L’océan est le maillon faible : blanchissements, mortalité des larves d’huîtres perlières, colonisation par les macro-algues.
→Les perspectives de Météo-France Polynésie française, attendues fin octobre 2026, prévaudront sur toute estimation antérieure. C’est le document à lire avant de trancher des dates de saison chaude.
Dites-nous ce que vous voulez voir et quand vous pouvez partir : on part de la contrainte de
calendrier et de ce que la saison implique, pas de la brochure.