Bien avant Vaiana, le cinéma a régulièrement tourné son objectif vers la Polynésie française — pas
toujours avec justesse, mais presque toujours avec fascination. De cette histoire longue, il reste des
lieux bien réels à visiter, et une distinction utile à faire entre l'image et le territoire.
Vaiana, ou l'hommage à la navigation polynésienne
Sorti en 2016, le film d'animation Disney connu sous le titre Moana aux États-Unis a été renommé Vaiana en
France et dans plusieurs pays européens, pour des raisons de conflit de marque avec des noms déjà déposés.
Le fond, lui, n'a pas changé : une jeune héroïne polynésienne part en mer aux côtés du demi-dieu Maui,
figure présente dans les mythologies de tout le Pacifique, d'Hawai'i à la Nouvelle-Zélande en passant par
Tahiti.
Pour construire le film, les studios Disney ont constitué un comité consultatif rassemblant
anthropologues, linguistes et praticiens culturels de plusieurs îles du Pacifique — l'Oceanic Story Trust
— afin de nourrir le scénario avec une matière culturelle plus fidèle que la simple exotisation
habituelle. Le résultat n'a pas été exempt de polémiques : un costume de Maui commercialisé par Disney,
reproduisant la peau tatouée du personnage, a été retiré de la vente après avoir été jugé irrespectueux.
Ce qui rend Vaiana particulièrement juste, en revanche, c'est son hommage à la navigation traditionnelle :
l'art de lire les étoiles, les courants et les oiseaux pour traverser le Pacifique sans instrument. Cette
tradition n'est pas qu'un souvenir de film — elle connaît une vraie renaissance depuis les années 1970,
portée notamment par les expéditions de pirogues traditionnelles qui ont retraversé le Pacifique en
navigation purement astronomique, redonnant vie à un savoir que l'on croyait perdu.
Le vrai héritage de Vaiana n'est pas à l'écran : il est dans les pirogues de voyage qui naviguent encore
aujourd'hui, sans GPS, en lisant le ciel et l'océan.
Marlon Brando, Tetiaroa et une histoire d'amour bien réelle
L'exemple le plus concret de la Polynésie transformée par le cinéma reste celui de Marlon Brando. Venu
tourner la version de 1962 des Révoltés du Bounty, en grande partie filmée à Tahiti, Bora Bora et Moorea,
l'acteur tombe sous le charme du territoire au point d'acheter, quelques années plus tard, l'atoll de
Tetiaroa. Ce lieu, resté longtemps
préservé de tout développement touristique de son vivant, a donné naissance après sa mort au resort The
Brando — aujourd'hui l'une des adresses les plus exclusives de Polynésie, pensée dès l'origine autour de
l'autonomie énergétique et de la préservation de l'atoll.
Tetiaroa
D'un tournage de cinéma est né l'un des atolls les plus préservés de Polynésie — la meilleure preuve
qu'un rêve de cinéaste peut, parfois, se transformer en engagement de conservation durable.
Avatar et l'imaginaire des lagons
James Cameron, réalisateur d'Avatar, entretient un lien personnel fort avec l'océan Pacifique : plongeur
et explorateur des grands fonds reconnu, il a multiplié les expéditions dans la région bien avant de
tourner ses films. Si les inspirations culturelles des Na'vi restent volontairement composites, la suite
Avatar : la voie de l'eau (2022) assume plus directement une inspiration polynésienne et océanienne pour
le clan Metkayina, peuple récifal dont les codes visuels — ornements, rapport à l'océan, organisation
sociale — doivent beaucoup aux cultures du Pacifique.
Le studio a d'ailleurs fait appel à des consultants culturels d'origine océanienne pour cette partie du
film, une démarche qui rejoint celle de Vaiana : reconnaître que ces cultures ne sont pas un simple décor
à piocher, mais un patrimoine vivant à consulter.
Tabu, l'un des tout premiers regards
L'histoire est bien plus ancienne que le cinéma numérique. Dès 1931, le réalisateur allemand F. W. Murnau
tourne Tabu, l'histoire d'un amour interdit entre deux jeunes Polynésiens, en grande partie à Tahiti et
Bora Bora, avec des acteurs non professionnels recrutés sur place. Film muet récompensé aux tout premiers
Oscars pour sa photographie, Tabu fixe déjà, près d'un siècle avant Vaiana, l'image d'une Polynésie
mythifiée par le regard occidental — un fil que le cinéma n'a, depuis, jamais vraiment lâché.
Voir au-delà de l'écran
→Visitez Tetiaroa (même hors séjour à l'hôtel, certaines excursions à la journée existent) pour comprendre l'histoire de Brando.
→Renseignez-vous sur les expéditions de pirogues traditionnelles en cours : plusieurs sont visibles ou suivables depuis Tahiti.
→Gardez en tête que le vrai fenua est plus lent, plus quotidien et plus nuancé que n'importe quelle version filmée.
On peut construire un voyage qui dépasse l'image de carte postale
Tetiaroa, rencontres avec des navigateurs traditionnels, îles moins filmées mais tout aussi marquantes :
on compose un itinéraire fidèle à la réalité du fenua.