Le mot français « tatouage » — comme l'anglais « tattoo » — vient directement du mot tahitien tatau, qui
désigne le bruit du peigne tapé sur la peau. Rapporté en Europe par les expéditions du capitaine Cook à la
fin du XVIIIe siècle, ce mot raconte à lui seul l'histoire d'une rencontre : celle d'un art déjà ancien et
extrêmement codifié en Polynésie, avec un Occident qui n'en possédait pas d'équivalent.
Un art plus vieux que le mot qui le décrit
Avant l'arrivée des Européens, le tatau n'était pas une décoration : c'était une écriture corporelle. Les
motifs, appliqués au moyen d'un peigne d'os ou d'écaille tapé à l'aide d'un petit maillet, racontaient le
rang social, la généalogie, les exploits ou le passage à l'âge adulte de celui ou celle qui les portait. Le
pigment traditionnel, obtenu en brûlant des noix de bancoulier (tiairi) pour en recueillir la suie, était
mélangé à de l'eau ou à de l'huile avant d'être introduit sous la peau.
La pratique était encadrée par des tahu'a (spécialistes rituels) et suivait des étapes précises, parfois
réparties sur plusieurs années pour les tatouages les plus complets. Se faire tatouer n'était donc jamais
un acte anodin : c'était une étape reconnue par toute la communauté.
Un motif polynésien traditionnel ne se choisit pas dans un catalogue. Il se compose, comme un récit
personnel écrit à même la peau.
Interdiction, silence et renaissance
À partir de la fin du XVIIIe siècle, les missionnaires protestants puis catholiques installés dans
l'archipel ont combattu le tatouage, jugé contraire aux mœurs chrétiennes. En quelques décennies, la
pratique a presque disparu des îles de la Société. Il faudra attendre la fin du XXe siècle — porté par un
mouvement plus large de renaissance culturelle polynésienne, et par les échanges avec Samoa, où l'art du
tatouage (le pe'a) n'avait jamais totalement cessé — pour que le tatau retrouve sa place, cette fois
revendiquée comme un marqueur d'identité autant que comme une forme d'art à part entière.
Ce que racontent les motifs
Chaque symbole porte un sens précis, souvent combiné avec d'autres pour composer une histoire complète :
la tortue (honu) évoque la longévité, la navigation et la protection de la famille ; les dents de requin
(niho mango) symbolisent la force et la protection contre le danger ; les lignes ondulées rappellent
l'océan et le voyage de la vie ; la pointe de lance marque le statut de guerrier. Aux Marquises en
particulier, les figures humaines stylisées (enata) représentent les ancêtres ou les membres d'une lignée,
assemblées en motifs géométriques d'une grande densité.
Marquises
La tradition marquisienne est réputée pour être la plus dense et la plus élaborée de Polynésie :
certains motifs historiques couvraient l'intégralité du corps, y compris le visage. Aujourd'hui encore,
Nuku Hiva et
Hiva Oa restent des références pour
découvrir cet art dans son berceau culturel.
Îles de la Société
À Tahiti et
Moorea, le tatouage contemporain
mélange souvent motifs traditionnels et compositions plus personnelles. C'est ici que se trouve la
plus grande concentration de studios, portée par une scène artistique très active depuis les années
1980.
Se faire tatouer en voyage, avec respect
Rien n'empêche un visiteur de repartir avec un tatouage polynésien authentique, à condition d'aborder la
démarche avec la même exigence que les Polynésiens eux-mêmes. Un bon tatoueur prendra le temps
d'expliquer le sens des motifs proposés plutôt que de reproduire un modèle générique trouvé en ligne : la
composition doit avoir un sens pour la personne qui la porte, pas seulement une apparence.
Avant de se faire tatouer
→Choisissez un studio reconnu localement plutôt qu'un modèle trouvé en ligne à reproduire tel quel.
→Demandez la signification de chaque symbole avant de valider une composition.
→Prévoyez plusieurs jours de cicatrisation sans exposition prolongée au soleil ni baignade en mer.
→Réservez à l'avance : les meilleurs artistes ont souvent plusieurs semaines d'attente.
On peut construire un voyage qui inclut une vraie rencontre culturelle
Studios reconnus, rencontres avec des artisans et itinéraire pensé pour laisser le temps à ces expériences :
on compose un séjour à la bonne profondeur.